Cagnes : la plainte pour agression d’un élu municipal d’opposition

Pris à partie par deux hommes mécontents de ses prises de position, Philippe Touzeau-Ménoni a porté plainte pour avoir reçu un coup de poing au visage en pleine rue

Un coup de poing au visage, de vives douleurs à la mâchoire, au cou et à l’oreille. C’est ce dont se plaint l’élu municipal d’opposition cagnois Philippe Touzeau-Ménoni après une altercation avec deux hommes. Le 27 mars entre 8h30 et 9h, en plein jour et en pleine rue, à deux pas du marché du Cros-de-Cagnes. Simplement à cause de prises de position du conseiller municipal qui semblaient déranger ses deux interlocuteurs ! Lesquels sont deux membres en vue des « Catalans sédentaires » à Cagnes. L’affaire n’en restera probablement pas là puisque l’élu a porté plainte contre eux au commissariat.
Enregistrement sonore à l’appui
« Je n’entends plus rien d’une oreille et je ne peux pas dormir dessus. J’ai été victime d’un guet-apens », s’exclame Philippe Tou-

zeau-Ménoni. « J’étais tranquillement en train de prendre un café avec Emile De La Torre au Café des Oliviers lorsque Franck Aspinas est venu me dire ‘‘Faut qu’on se parle, ça va pas du tout’’. Lui et ‘‘Moustique’’ m’ont demandé de les suivre et m’ont emmené dans l’impasse à côté du petit Casino. Franck Aspinas m’a montré un écran de téléphone où j’apparaissais en pull rouge. Je leur ai demandé plusieurs fois ce qu’ils me reprochaient exactement sans obtenir de véritable réponse. Le ton est monté. A un moment, ‘‘Moustique’’ s’est écarté et Aspinas m’a asséné un coup de poing que je n’ai esquivé que partiellement. Ensuite, ils ont tout nié. Sauf que j’avais déclenché un enregistrement sonore parce que je ne savais pas comment ça allait tourner. Et que j’ai porté plainte ».
Demande de protection des élus
Philippe Touzeau-Ménoni a consulté un médecin qui lui a délivré un certificat et il a effectivement déposé plainte au commissariat pour violence et menace de mort sur un élu.
L’élu municipal a également informé la commune de Cagnes en lui demandant comment obtenir la protection des élus.
« Ils se sont d’abord bornés à minimiser »
« Juste après avoir reçu le coup de poing, j’ai dit à Aspinas : ‘‘Tu m’as filé une beigne là, tu m’as tapé !’’ s’émeut Philippe Touzeau-Ménoni. Ils se sont d’abord bornés à minimiser, en me disant : ‘‘Laisse-la, la beigne’’, ‘‘C’est gentil ça !’’, ‘‘Si on t’attrape pour de vrai, crois-moi que tu t’en sortiras pas’’. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’ils se sont mis à nier : ‘‘T’as rien pris du tout’’, ‘‘On sait pas de quoi tu parles’’. »
« C’est pas moi qui ai porté le coup »
L’élu assure : « Moustique a finalement reconnu en présence de témoins : ‘‘C’est pas moi qui ai porté le coup’’. Ce qui confirme bien qu’il y a eu un coup ».
Un des éléments inquiétants, c’est qu’un élu soit l’objet de telles menaces, qui puissent aller jusqu’à une agression physique. Un autre élément inquiétant c’est que les auteurs des menaces et de la « bousculade » sont les deux membres les plus connus des ‘‘Catalans sédentaires’’ du Val-de-Cagne. L’un d’eux est le chef du camp des Caraïbes, l’autre est un commerçant forain mais également l’un des représentants de gens du voyage auprès de la préfecture.
Photo : Philippe Touzeau-Ménoni avec son écharpe d’élu municipal sur les lieux de l’agression.                                     (Photo L.Q.)

Passible de trois ans de prison et 45 000 € d'amende

Les violences contre les élus ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou n’ayant entraîné aucune incapacité de travail sont passibles de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende

Menacé de mort et sommé d’arrêter ses vidéos

Que reprochaient les deux hommes à l’élu ? Ses vidéos sur le camp des Caraïbes et sa vidéo sur une collision entre un véhicule conduit par un neveu de Franck Aspinas et un véhicule d’une société de matériaux le 6 novembre dernier. « Pourquoi ressortir maintenant une vidéo qui remonte à quatre mois ? » s’étonne Philippe Touzeau-Ménoni qui s’interroge sur les motifs réels de cette altercation.
Que voulaient les deux hommes ? « On ne veut plus de vidéos de toi », « On ne veut plus rien, plus rien ! ». Une injonction assortie de menaces répétées plusieurs fois : « On va te massacrer », « Je vais te manger le foie », « On te casse en deux »
« Tu fais les mêmes avec Nègre. Que tu casses les couilles »
Et l’élu poursuit : « Un des deux m’a lancé ‘‘Tu fais les mêmes avec Nègre. Que tu casses les couilles. Occupe-toi plutôt de toi !’’ Alors qu’il n’avait pas été question du maire auparavant dans la discussion ».

« Juste des mots et une bousculade » selon ‘‘Moustique’’

Un des deux auteurs des faits s’exprime pour la première fois. Une version surprenante qui nie tout

Un des deux auteurs des faits, « Moustique », le responsable du camp des « Catalans sédentaires » du Val-de-Cagne, a accepté de nous répondre au téléphone le lendemain des faits. Nous avons aussi tenté de contacter Franck Aspinas qui n’a pas répondu à notre demande.
« Moustique » retourne systématiquement les accusations de Philippe Touzeau-Ménoni. « On n’a pas tapé. Je suis pas un violent. Je discute avant », jure-t-il. « Si ce monsieur avait la mâchoire déplacée, vous croyez qu’il parlerait comme ça sur les réseaux sociaux ce matin ? Qu’il fasse des radios et qu’il les montre. ‘‘Aïe, aïe, ça me fait mal’’, on dirait un gamin, ironise-t-il. Personne ne l’a touché. »

Mais alors d’où viennent les contusions de Philippe Touzeau-Ménoni ? « C’est certainement lui qui se les est fait ». Et les lunettes cassées dans sa poche ? « Pareil ».
«  Bousculer et taper c’est pas pareil »
Y-a-t-il eu bousculade, contact physique ? Réponse de « Moustique » : « Pas contact physique, bousculade. Bousculade et taper c’est pas pareil ».
« C’est lui qui est venu nous voir sur nos stands au marché. Il y a une caméra, il suffit de regarder la vidéo. Si Franck Aspinas est venu le voir sur la terrasse du café, je ne suis pas au courant. Moi je ne suis pas venu le voir ».
Pourquoi être allés dans l’impasse ? « Comme il y avait du monde sur le marché, on lui a dit ‘‘On va se mettre sur le côté’’ ».
« Qu’est-ce qu’il raconte, ce mec ? »
La vidéo brandie devant Philippe Touzeau-Ménoni « c’était celle où il parle de l’accident qu’a eu le neveu de Franck Aspinas, qui s’est retrouvé entre la vie et la mort à l’hôpital. C’est l’autre monsieur qui lui est rentré dedans avec un camion. M.Touzeau-Ménoni dit qu’on veut tuer ou violer les gens, je ne sais pas ce qu’il raconte ce mec, mais il est malade ou quoi ? Pourquoi il vient devant chez nous et il filme ? Pourquoi il ne s’occupe pas plutôt des assassins ? Et pourquoi il dit que je suis pasteur alors que je suis pas pasteur ? »
« C’est lui qui dit que le camp des Caraïbes pose des problèmes. Il dit qu’on paie pas l’eau courante aux Caraïbes. Moi j’ai des factures qui le prouvent ». Et dans le camp actuel de remplacement depuis l’éboulement des Caraïbes ? « Pas sur le nouveau camp. Mais vous savez, on a été évacués. Lui, il dit qu’on a des passe-droits avec le maire ».
L’accusation de guet-apens retournée
« Quand on lui dit qu’il est raciste, il nous répond qu’il est raciste anti-cons, mais c’est quoi ce langage ? Il pousse le bouchon trop loin, il critique le maire, il nous critique, il critique tout le monde  ».
« On avait très peur de lui » !
« Quand il s’est levé pour venir parler avec nous, il a mis son téléphone en marche dans sa poche. Ça veut dire qu’il avait déjà préparé son coup ». A moins que Philippe Touzeau-Ménoni n’ait craint que le face-à-face dégénère ? « Nous aussi on avait peur de lui, très peur. Lui, il nous parlait à deux centimètres de la figure en nous disant qu’il n’avait pas peur de nous ».
« De toute façon, j’ai fait une main-courante au commissariat. J’y ai été avant lui. Parce que je sais qu’il est tordu. Moi je dis la vérité ».
Y a-t-il eu des menaces de mort ? « Quand on vous parle à 2 cm de la figure, des fois il y a l’imagination qui vous dépasse ».
Reste à savoir si ces explications pourront convaincre la police.

Un ancien commissaire donne son témoignage : « Un commerçant non sédentaire est venu le voir »

Emile De La Torre, ancien commissaire de police, a assisté à une partie des faits.
« Quand je suis arrivé au café des Oliviers, Philippe Touzeau-Ménoni y était déjà attablé sur la terrasse. Je me suis joint à lui. Un commerçant non sédentaire que je connais est arrivé et lui a demandé de venir parler avec lui. Ils sont partis dans l’impasse près du petit Casino. Je n’ai rien vu ni entendu de ce qui s’y est passé. Philippe Touzeau-Ménoni est revenu affecté, j’ai compris qu’il y avait eu une dispute. Il se touchait la mâchoire. Ensuite il y a eu trois gars avec lesquels il s’est produit une altercation verbale. Je me suis efforcé de calmer le jeu ».

Discorde autour du camp des Caraïbes

Les occupants du camp des Caraïbes reprochent notamment à Philippe Touzeau-Ménoni d’avoir été un de ceux qui ont déposé des recours contrele projet de réaménagement du camp, ce qui a retardé leur relogement dans des conditions plus décentes que le terrain où ils sont hébergés provisoirement depuis l’éboulement de 2019 qui les avait contraints à évacuer le camp.
Philippe Touzeau-Ménoni estime lui que les recours étaient justifiés : « Dans l’arrêté d’évacuation, il est dit qu’ils étaient occupants sans droit ni titre. Ce qui ne leur donnait aucun droit à être relogés ». Il s’est étonné à plusieurs reprises du don par la mairie du terrain du camp des Caraïbes pour 1 euro seulement à Erilia « alors qu’il

en vaut plus de 800000 ». Mais aussi du montant important des subventions pour le réaménagement du camp. Ainsi que de la transformation d’un projet initial d’aire de passage pour gens du voyage, en un ensemble de terrains familiaux locatifs réservés à des gens du voyage sédentarisés.
Il avait également demandé pendant combien de temps la commune avait pris en charge la consommation d’eau et d’électricité, et pour quel montant.
« L’affaire n’est pas terminée, ajoute-t-il. Les recours en justice ont été déclarés irrecevables car il manquait des pièces. Mais l’association France nature environnement 06 a saisi la Chambre régionale des comptes ».
Photo : Le camp des Caraïbes éboulé est actuellement en travaux pour le transformer en « terrains familiaux locatifs.(Photo L.Q.)

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